La Bibliothèque nationale du Liban renaît après 42 ans de fermeture



Première publication :

Texte par :

Marguerite SILVE

La Bibliothèque nationale vient de rouvrir ses portes à Beyrouth, dans la capitale libanaise. Quarante-deux ans après sa fermeture, le bâtiment flambant neuf met une collection de 300 000 ouvrages à la disposition du public.

Après 42 ans de fermeture, la Bibliothèque nationale du Liban vient de rouvrir ses portes à Beyrouth. Rescapée de la guerre civile, cette collection de 300 000 ouvrages est désormais prête à accueillir le public libanais au sein de locaux flambants neufs. La renaissance de cette bibliothèque unique en son genre au pays du Cèdre est l’aboutissement d’une saga de plusieurs années, grâce aux efforts de spécialistes libanais et d’un don de l’émirat du Qatar.

Genèse. L’histoire de la Bibliothèque nationale du Liban (BNL) commence à la fin du 19e siècle. À cette époque c’est un érudit libanais, Philippe de Tarrazi, qui soumet l’idée au gouvernement, constatant que la ville ne dispose pas de bibliothèque nationale ni de lieu de recherche et de lecture pour les intellectuels.  Écrivain, historien de la presse arabe, poète et polyglotte, le vicomte de Tarrazi est mandaté pour la mise en application de l’institution. La « Grande Bibliothèque de Beyrouth » (en arabe « Dar Al Kotob Al Kobra ») est inaugurée le 25 juillet 1922 à l’école des « Diaconesses Prussiennes » au centre de Beyrouth, sous la présidence du général Gouraud, alors Haut-Commissaire sous le mandat français. En 1935, la bibliothèque est rattachée par décret au ministère de l’Éducation nationale et deux ans plus tard elle est transférée dans un local de l’actuel Parlement, situé place de l’Étoile. Le 7 juin 1937, la BNL emménage avec ses 32 000 documents et y restera jusqu’à l’éclatement de la guerre civile en 1975. Entre-temps, le vicomte de Tarrazi a démissionné de ses fonctions, désespéré par la dégradation des locaux, la disparition de collections et l’irresponsabilité du personnel de l’époque.

De l’agonie à la renaissance. La guerre civile du Liban aura eu raison de nombreux bâtiments et institutions, et la BNL n’y a pas fait exception. Pillages, dégradations et dispersion des ouvrages dans divers endroits pour tenter de les préserver : la BNL entame une longue période d’agonie. En 1983, les restes des ouvrages sont transférés dans des cartons au ministère de la Culture, stockés sur des terrasses ou dans des sous-sols humides et bourrés d’insectes. Les conditions sont extrêmement nuisibles et les livres se détériorent sérieusement. La guerre terminée, ce n’est qu’en 1999 qu’est véritablement mise en place une feuille de route pour la renaissance de la BNL. Une étude réalisée par la Bibliothèque nationale de France (BnF) et l’Union européenne débouche sur la mise à disposition de la Faculté de droit de l’Université libanaise à Beyrouth afin d’y installer les locaux définitifs de la BNL. Les livres sont transférés dans une zone franche du port de Beyrouth en attendant la rénovation des locaux. La suite est un parcours semé d’embûches : démissions du gouvernement, immobilisme politique, lenteurs administratives et désintérêt de la classe politique. Grâce aux efforts et à l’investissement de spécialistes libanais qui travaillent d’arrache-pied, le projet continue tant bien que mal. Et en 2005, l’État du Qatar fait don de 25 millions de dollars pour la restauration et l’agrandissement des futurs locaux. Les travaux débutent en 2011 et s’achèvent en septembre 2017, date à laquelle le bâtiment est remis au ministère de la Culture.

Aujourd’hui la BNL rassemble une collection de 300 000 ouvrages. Cette collection représente un joyau de la littérature arabe, un véritable patrimoine littéraire et intellectuel qui participe au rayonnement culturel du Liban au niveau régional.

Texte par :

Marguerite SILVE



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