Le meilleur film (de battles de rap) de l’année sort mercredi… sur YouTube



«Bodied», la bombe de Joseph Kahn, ne sort pas au cinéma mais sur YouTube — YouTube Originals / Neon

C’est bon, vous avez pris votre seau de pop-corn, vous êtes installés à la meilleure place pile au milieu du troisième rang, vous êtes prêts pour le meilleur film de l’année ? Sauf que vous vous êtes trompé de salle. En effet, Bodied sort bien ce mercredi, mais sur YouTube. Après Netflix et Amazon, le site vidéo de Google propose son propre service de streaming,
YouTube Premium, depuis juin en France. Pour 11,99€ par mois, l’internaute a accès à du contenu inédit, comme les séries françaises Groom et Les Emmerdeurs, et maintenant le film Bodied de Joseph Kahn. Qui ?

Le roi du clip, le paria de Hollywood

Si on vous dit Britney Spears, Eminem, Katy Perry, U2 ou Taylor Swift, c’est mieux ? Depuis maintenant presque trente ans, le réalisateur américain d’origine coréenne Joseph Kahn signe parmi les clips les plus vus et les plus importants de la télévision et d’Internet : Toxic de
Britney Spears, The Boy is mine de Brandy et Monica, Waking Up In Vegas de Katy Perry, Everybody des Backstreet Boys, ou encore Quand j’ai peur de tout de Patricia Kaas (!). Sans oublier sa collaboration privilégiée avec Taylor Swift, « qui me fait confiance à 100 %. Nous nous sommes trouvés, nous parlons d’une même voix. »

« Mais Torque m’a grillé à vie à Hollywood », confiait le metteur en scène lors de sa venue au
Paris International Fantastic Film Festival pour l’avant-première de Bodied fin 2017. Vendu comme le Fast and Furious des motos, Torque, la route s’enflamme (sic) a été un échec public et critique. « J’ai fait un film pop et ironique, mais les spectateurs à qui le film pouvait s’adresser, les fans de moto, n’ont pas d’ironie. J’ai complètement raté ma cible, et on me voit toujours comme le mec qui ne sait pas faire de films. Hollywood me propose encore des projets de temps en temps, mais je ne les aime pas. Je préfère faire les miens, avec mon argent, avec l’argent de me clips. » C’était le cas du film d’horreur méta Detention, avec Josh Hutcherson, et maintenant de Bodied.

La liberté d’expression, un sport de combat

Joseph Kahn est à l’origine de l’histoire, celle d’un étudiant blanc issu des beaux quartiers et amoureux de la langue, qui cherche à se faire une place dans le monde des battles de rap. « J’ai ensuite engagé un vrai battle rappeur, Alex Larsen alias Kid Twist, pour écrire le scénario, ajoute le cinéaste. Et Eminem, également producteur, a participé à la musique et apporté son expertise du milieu. » Si l’on pense forcément à 8 Mile, les deux films n’ont au final que peu à avoir, Bodied étant acquis aux battles, des tours de force physiques, cinématographiques, littéraires mais aussi politiques.

« J’ai choisi les battles de rap pour parler de la liberté d’expression, précise le réalisateur. C’est l’un des enjeux de nos sociétés modernes selon moi, les débats ont quitté la sphère publique, il est devenu impossible de discuter. Prenez par exemple Twitter ou Facebook, vous allez avoir un like ou un blacklash, et voilà, car tout le monde pense que ce qu’il dit est la vérité. Nous avons tous une sensibilité, mais nous devons aussi avoir du débat. Car si on perd notre capacité d’analyser d’autres manières de penser que la nôtre, on est foutus. »

« Une œuvre est comme une discussion »

Bodied ressemble ainsi à un film de boxe, le spectateur se prend chaque punchline comme un uppercut, et finit le long-métrage épuisé mais galvanisé. Une expérience à vivre sur grand écran ? « Je me qualifie comme un réalisateur postmoderne, explique Joseph Kahn. Le cinéma n’est pas une finalité en soi, ou la seule voie possible. Il y a la télévision, les clips, les publicités, les courts-métrages et bien sûr Internet. Une œuvre est comme une discussion pour moi, le plus important est avec qui vous l’avez. Cela peut être des millions de personnes avec mes clips, ou quelques milliers avec mes films. La discussion n’en sera pas moins intéressante, au contraire. »





Source link